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Loris
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L'appel de 146 chercheurs, enseignants et médecins azuréens contre la pollution et pour le vélo à Nice

À l'occasion de la marche pour le climat samedi à Nice, ces scientifiques de l'Université Côte d'Azur nous ont adressé un texte dans lequel ils disent leur inquiétude et tentent de proposer des solutions.

Dans le cadre de la marche pour le climat qui aura lieu ce samedi à 15h place Garibaldi et sera précédée par une vélo parade à 13h30 au départ de la même place, 146 chercheurs, enseignants-chercheurs et médecins de l'université Côte d'Azur publient une tribune, "Contre la pollution, pour le vélo à Nice".

Un texte qui alerte sur l'urgence à diminuer les gaz à effets de serre, nocifs pour la santé et facteurs de décès prématurés.

Le tout en vantant la pratique de masse du vélo au quotidien comme moyen efficace pour y parvenir.

Voici leur tribune, publiée ci-dessous en intégralité.

"À Mesdames et Messieurs les décideurs de la Métropole Nice Côte d'Azur (NCA),

Nice et sa métropole comptent parmi les zones les plus polluées sur le plan atmosphérique de France. Il suffit de regarder la carte annuelle de la qualité de l'air de la bande côtière de la Métropole en 2017 pour comprendre que les transports non vertueux sont en très grande partie responsables de cette situation et génèrent 60% des émissions de GES en 2017 selon AtmoSud.

S'il est vrai que la construction de plusieurs lignes de tramway devrait améliorer cette situation, il n'en reste pas moins que Nice et sa métropole souffrent d'un nombre encore beaucoup trop élevé de déplacements pendulaires en véhicules thermiques.

Concrètement, pour NCA, atteindre son objectif du Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) de réduction de 140.000 tonnes de CO2 en 2026 implique une réduction de 80.000 véhicules: seul un déploiement massif de l'offre cyclable, en complément des transports en commun (20 000 véhicules pour la ligne 2 du tram), permettra à NCA d'atteindre un tel niveau de réduction.

La France dans son ensemble est largement sous-équipée en réseau cyclable par rapport au reste de ses voisins européens mais le sud de la France, où le climat est pourtant parmi les plus favorables d'Europe au développement du vélo, est tout particulièrement sinistré en la matière.

En effet, dans le baromètre 2018 de la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB) les 2 plus grandes métropoles de la région PACA, Nice et Marseille, figurent aux deux derniers rangs des villes cyclables de plus de 200.000 habitants. Cette enquête montre que ce qui manque le plus à Nice, c'est la sécurité, la continuité et la fiabilité du réseau cyclable.

La part modale du vélo à Nice est actuellement de l'ordre de 1,5%. Or le Plan Vélo National ambitionne d'atteindre 9% à l'horizon 2024 et le SRADDET (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires) 12,5% de part modale vélo en 2030.

L'augmentation du réseau cyclable de la métropole se fait depuis 10 ans au rythme d'environ 6,5 km/an et atteint actuellement 160,5 km (dont seulement 59 km en site propre). Or, en dessous de 0,5 mètre linéaire de réseau sécurisé par habitant, l'augmentation de la part modale est faible alors qu'au-delà de 0,65 ml/hbt, elle augmente très rapidement: ce seuil correspondrait donc à un réseau cyclable sécurisé de 350 km à minima pour NCA.

Au rythme actuel, il faudrait donc plus de 29 ans pour que Nice atteigne ce seuil de 350 km. Si les villes de Strasbourg et Bordeaux ont atteint des parts modales vélo de 8% dès aujourd'hui, c'est au prix d’efforts importants dans l'amélioration du réseaux cyclables qui les ont placées dans le top 3 des villes cyclables françaises de plus de 200.000 habitants.

De plus, selon l'OMS, l'impact de la pollution de l’air, et en particulier des particules fines, sur la santé se traduit en France par 48 000 décès prématurés par an dont 36% des décès par cancer du poumon, 34% par AVC, 27% par infarctus. Une étude récente montre que ces chiffres pourraient être sous-estimés d'environ 50%.

Outre le fait que le vélo a une empreinte carbone environ 20 fois moindre que celle de la voiture, qu'il améliore le pouvoir d'achat, qu'il est peu coûteux en infrastructures et qu'il est totalement silencieux, les bénéfices de sa pratique en santé humaine ne sont plus à prouver.

Alors que le tourisme est mis en avant comme la principale richesse de Nice et de sa région, il est regrettable que les infrastructures cyclables niçoises ne soient pas à la hauteur des autres métropoles européennes. Que cela soit pour la santé, contre la pollution de l'air ou pour la qualité de la vie à Nice, qui peut douter de la nécessité de développer le vélo à Nice?

Ainsi, nous, chercheur·e·s, enseignant·e·s-chercheur·e·s et médecins niçois·es, alertons les dirigeants et gouvernants locaux sur la nécessité impérieuse d'améliorer très rapidement la cyclabilité de la Métropole NCA bien au-delà du plan vélo prévu par le PCAET de manière à ce que le vélo trouve enfin la place que les citoyens lui souhaitent, pour limiter la pollution et les émissions de GES, pour lutter contre le réchauffement climatique et enfin, pour améliorer leurs conditions de santé et leur cadre de vie.

Nous espérons tous que vous, maires, présidents de collectivités locales et territoriales, députés et sénateurs, saurez prêter une oreille attentive à notre cri d'alarme pour le bien-être de toute la population et du patrimoine dont vous avez la responsabilité et qui préfigurera la ville de demain: les générations futures vous en seront reconnaissantes!"